Choisir une banque en ligne n’est jamais une décision anodine. Après des mois à jongler entre des frais bancaires qui s’accumulent et une application mobile peu intuitive chez mon ancienne enseigne, j’ai décidé de tester My French Bank — la néobanque lancée par La Banque Postale en 2020. Six mois plus tard, j’ai une opinion bien tranchée sur ce service. Ni coup de cœur absolu, ni déception totale : une expérience nuancée qui mérite qu’on s’y attarde sérieusement. Voici mon retour honnête, chiffres à l’appui, pour vous aider à décider si cette banque correspond à votre profil.
Mon quotidien avec My French Bank pendant six mois
L’ouverture du compte s’est faite en moins de 15 minutes, entièrement depuis mon smartphone. Pas de rendez-vous en agence, pas de documents à envoyer par courrier : une pièce d’identité photographiée, une vérification d’identité par vidéo, et c’était réglé. La carte bancaire Visa est arrivée dans ma boîte aux lettres quatre jours ouvrés après la validation du compte. Premier bon point.
Au quotidien, l’application est propre et lisible. On voit immédiatement son solde, l’historique des transactions et les éventuelles notifications de paiement. J’utilise principalement la carte pour mes achats en ligne et mes paiements en magasin. Sur ces deux usages, zéro friction. Les paiements sans contact passent instantanément, les notifications arrivent en temps réel.
Là où j’ai commencé à noter quelques limites, c’est sur les retraits en espèces. En France, les retraits dans les distributeurs du réseau La Banque Postale sont gratuits, ce qui est un vrai avantage si vous habitez près d’un bureau de poste. Hors de ce réseau, les conditions se corsent légèrement. J’ai voyagé deux fois hors zone euro pendant ces six mois : les frais de retrait s’élèvent à 1,50 € par opération, auxquels s’ajoute un taux de change de 0,5 % sur les transactions en devises étrangères. Ce n’est pas exorbitant, mais ça s’accumule sur un voyage de deux semaines.
Le service client mérite une mention particulière. J’ai eu un problème de paiement refusé à l’étranger — une situation stressante quand on est loin de chez soi. Le chat intégré à l’application a répondu en moins de dix minutes. L’agent a débloqué la situation rapidement et m’a expliqué que le plafond de paiement à l’étranger était plus bas par défaut pour des raisons de sécurité. Il a suffi d’une demande pour le relever temporairement. Réactivité correcte, ton professionnel sans être robotique.
Six mois de pratique m’ont aussi appris que My French Bank convient particulièrement aux personnes qui n’ont pas besoin de services bancaires complexes : pas de découvert autorisé, pas de crédit immobilier, pas de placement financier. C’est une banque de dépôt et de paiement, rien de plus. Si vous cherchez un compte secondaire ou une première banque pour un usage simple, le rapport qualité-prix est difficile à battre.
Ce qui fonctionne vraiment bien
Les frais de tenue de compte à 0 € constituent l’argument le plus direct en faveur de cette néobanque. Aucun abonnement mensuel, aucune cotisation annuelle. La carte bancaire est incluse sans surcoût. Pour quelqu’un qui cherche à réduire ses charges fixes, c’est immédiatement concret.
La sécurité du compte est un point fort réel. My French Bank est agréée par l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), ce qui signifie que les dépôts sont couverts par le Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution jusqu’à 100 000 €. Ce niveau de protection est identique à celui d’une banque traditionnelle — ce n’est pas le cas de tous les acteurs du secteur.
L’application propose aussi un système de plafonds personnalisables pour les paiements et les retraits. On peut les modifier soi-même, sans passer par un conseiller. C’est un détail, mais qui change vraiment la vie au quotidien. J’ai également apprécié la fonctionnalité de blocage temporaire de la carte directement depuis l’app — utile quand on ne retrouve plus sa carte au fond de son sac.
La relation avec La Banque Postale est un avantage souvent sous-estimé. Le réseau de 17 000 points de contact en France permet de déposer des chèques et d’effectuer certaines opérations en bureau de poste. Pour une néobanque, c’est une infrastructure physique non négligeable. Beaucoup de concurrents n’acceptent tout simplement pas les chèques.
Les points faibles qui peuvent faire hésiter
My French Bank n’offre pas de découvert autorisé. Si votre compte passe dans le rouge, les paiements sont refusés. Pour certains profils, c’est rédhibitoire. Pour d’autres, c’est une contrainte saine qui force à gérer son budget plus rigoureusement. À vous de juger selon votre situation.
L’offre de services financiers reste limitée. Pas d’épargne rémunérée intégrée, pas de livret A directement accessible depuis l’application, pas de crédit à la consommation. My French Bank se positionne clairement comme un compte courant numérique, sans chercher à couvrir l’ensemble des besoins bancaires d’un foyer.
Le virement instantané n’est pas disponible en standard. Les virements classiques prennent entre 24 et 48 heures selon les jours. Dans un contexte où Revolut ou N26 proposent des transferts en quelques secondes, c’est un retard perceptible. Pour les personnes habituées à envoyer de l’argent rapidement à des proches, ce délai peut être frustrant.
Enfin, l’application, bien que fonctionnelle, manque de certaines fonctionnalités analytiques que proposent des concurrents plus matures. Pas de catégorisation automatique des dépenses, pas de graphiques de budget, pas d’alertes personnalisées sur les habitudes de consommation. Pour gérer finement ses finances, il faudra utiliser un outil tiers.
My French Bank face à N26 et Revolut : le comparatif chiffré
Pour mettre les choses en perspective, voici une comparaison directe des trois acteurs sur les critères qui comptent vraiment au quotidien. Les données ci-dessous correspondent aux offres gratuites de chaque service.
| Critère | My French Bank | N26 | Revolut |
|---|---|---|---|
| Frais de tenue de compte | 0 € | 0 € | 0 € |
| Carte bancaire incluse | Visa (physique) | Mastercard (physique) | Visa (physique) |
| Retraits hors zone euro | 1,50 € / retrait | 1,7 % du montant | Gratuit jusqu’à 200 €/mois |
| Taux de change devises | 0,5 % | Taux interbancaire | Taux interbancaire (en semaine) |
| Virement instantané | Non | Oui | Oui |
| Dépôt de chèques | Oui (bureau de poste) | Non | Non |
| Découvert autorisé | Non | Oui (selon profil) | Non |
| Garantie des dépôts (ACPR) | Oui (100 000 €) | Oui (100 000 €) | Oui (100 000 €) |
La lecture de ce tableau révèle une réalité simple : Revolut gagne sur les voyages fréquents à l’étranger, N26 sur la fluidité des virements, et My French Bank sur l’ancrage dans le réseau postal français et la simplicité d’ensemble. Aucun des trois ne domine sur tous les critères — le choix dépend vraiment de l’usage prioritaire.
Pour un étudiant qui envoie régulièrement de l’argent à ses parents ou reçoit des virements urgents, N26 ou Revolut sont plus adaptés. Pour quelqu’un qui veut un compte secondaire sans frais, avec la possibilité de déposer un chèque de temps en temps et la tranquillité d’un établissement rattaché à une grande banque française, My French Bank tient ses promesses.
À qui je recommande ce service, et à qui je déconseille
Après six mois, ma position est claire. My French Bank convient à un profil précis : quelqu’un qui cherche un compte courant gratuit, sans fioritures, avec une application stable et un service client réactif. La couverture par l’ACPR et l’accès au réseau de La Banque Postale sont deux arguments solides que les néobanques étrangères ne peuvent pas répliquer aussi facilement sur le territoire français.
En revanche, si vous voyagez souvent hors zone euro, si vous avez besoin de virements instantanés réguliers, ou si vous attendez d’une banque qu’elle vous aide à piloter votre budget avec des outils analytiques, vous trouverez mieux ailleurs. Revolut sur les voyages, N26 sur la vitesse des transferts.
Une chose à garder en tête : les conditions tarifaires peuvent évoluer. My French Bank a déjà ajusté certains services depuis son lancement en 2020. Vérifier régulièrement les conditions sur le site officiel reste une bonne habitude, quelle que soit la banque choisie.
Au bout du compte, cette néobanque française remplit ce qu’elle promet : zéro frais de tenue de compte, une application fonctionnelle et un ancrage dans un réseau physique que ses concurrents étrangers n’ont pas. C’est suffisant pour en faire un choix pertinent pour une large partie des utilisateurs qui n’ont pas besoin d’un écosystème bancaire complet.
